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VISITE DE L'ATELIER DE PAUL CEZANNE
"Les fruits sont les plus fidèles...
Ils aiment qu'on fasse leur portrait.
Ils sont là comme à vous demander
pardon de se décolorer. Leur idée
s'exhale avec leurs parfums.
Ils viennent à vous dans toutes leurs odeurs,
vous parlent des champs qu'ils ont quittés,
de la pluie qui les a nourris, des aurores qu'ils épiaient.
En cernant de touches pulpeuses la peau d'une belle pêche,
la mélancolie d'une vieille pomme, j'entrevoie dans les reflets
qu'elles échangent la même ombre tiède de renoncement,
le même amour du soleil, le même souvenir de rosée,
une fraîcheur..."
"Avec une Pomme, je veux étonner Paris !"
déclare Paul Cézanne avec enthousiasme à Gustave Geffroy.
C'est qu'elles viennent de loin les pommes de Cézanne.
Elles ont le goût de l'amitié. Elles se souviennent
des cours de récréation dans l'enclos du collège Bourbon.
Cézanne avait alors 15 ans et venait en aide au jeune Zola,
Emile de son prénom, "un souffreteux pensif!...
vous savez, de ceux que les gamins détestent...
Pour un rien, on le fichait en quarantaine."
Et Cézanne de se souvenir:
"même notre amitié vient de là... d'une tripotée
que toute la cour, grands et petits,
m'administra, parce que moi, je passais outre,
je transgressais la défense, je ne pouvais
m'empêcher de lui parler quand même...
un chic type... Le lendemain,
il m'apporta un gros panier
de pommes".
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